Le Waco

Le sage à dit : «Pour avancer il n’est pas toujours bon de savoir ce qui est derrière l’horizon.»

Je pense pour ma part qu’un zeste d’optimisme, une pincée de confiance, une poignée d’insouciance et surtout une brassée d’inconscience, nous poussent au delà de ce qui pourrait nous paraître raisonnable.

Gonflé à bloc par les résultats des YAKAS, je voulais progresser vite. J’avais perçu des possibilités fantastiques, mais la crédibilité de la technique n’était pas reconnue. J’ai appris depuis qu’on ne change pas les mentalités aussi facilement que les technologies.

Un gros coup de cœur pour le waco, et une crise de délire créatif m’ont fait sauter des étapes. Je décidais de construire un waco pour voler en indoor. Rien que cela ! Je me lançais dans l’aventure en me disant que les techniques qui me manquaient arriveraient bien en leur temps. Le choix de l’échelle et des matériaux ont plus obéi à l’envie et l’enthousiasme qu’à la pondération logique. Je n’avais pas alors conscience de la somme des difficultés qui m’attendait. La suite s’est chargée de me les faire découvrir.

Comme je ne lâche pas mon sujet facilement, j’ai été entraîné bien au delà de ce que j’aurais pu imaginer. Je relate cette réalisation pour recommander aux lecteurs de ne pas tenter de franchir trop d’étapes à la fois. Même si le bénéfice, au final fut incroyablement positifs, par les trouvailles découvertes, cette manière est d’une approche difficile. Faire cohabiter trop de données antagonistes d’un seul coup complique sans objet le travail. Hormis le challenge, il vaut mieux plus de pondération et de bon sens et moins d’enthousiasme. Je comprend bien aujourd’hui la raison de tant de modèles inachevés au fond des placards.

 

La création du mannequin pour le waco m’a donné du fil à retordre. J’en ai été récompensé, il m’a permis de réaliser plusieurs avions différents (un mig 3 ,le loockhead sirius ect).

Présentation en situation des éléments du WACO. Le poids à ce stade est encourageant. Le désir d’avancer vite m’a fait un peu brûler les étapes. Le rajout d’exigences nouvelles, hors cahier des charges a «crashé» la réalisation de ce projet. La leçon est à retenir.

Cahier des charges des recherches

  • Etude de faisabilité concernant un mannequin plus élaboré.
  • Premier mannequin à clé.
  • Premier essais de dépouillage d’un fuselage ayant des zones bloquantes,
  • Essai de formes en lisses et en facettes,
  • Premier essai d’intégration des Karman d’aile directement dans la peau du fuselage
  • Premier essai d’inclusion des caches culbuteurs intégrés dans la « peau » du capot moteur .
  • Essai d’intégration de correcteur d’assiette dans le stabilisateur .
  • Etude de faisabilité concernant un moteur monté en cage inverse .
  • Premier essai de biplan .
  • Essais de réalisation de pantalons de train .

Caractéristiques :

Envergure 85 cm

poids en ordre de vol poids à 350 grammes

Constat

Cas typique du coup de cœur. La somme des difficultés à résoudre me fait vite comprendre que je ne volerais pas demain avec mon WACO .Je décide alors d’en faire le fil rouge de mes recherches
Quand une solution sera trouvée et validée je reviendrais la lui appliquée.

J’ignorais alors que pour MON Waco le chemin serais aussi long.
On peut voir les baguettes de soudures en acier ( maintenues avec du ruban adhésif sur le mannequin ) ,qui produiront l’effet facettes de la toile épousant le contour des lisses présentes sur l’avion réel .

La matière bloquée par les fers plats sera collé après le thermoformage. L’appui tête et sa jonction jusqu’à la dérive recouvre cet assemblage .

La plaque d’acier maintenue par des vis sert à réaliser le karman .Cette technique est prometteuse ,mais elle nécessiterait des recherches complémentaires pour pouvoir développer les possibilités sans augmenter les difficultés lors du thermoformage .

Bilan

Aussi surprenant que cela puisse paraître l’excès de confiance donné par GRAND YAKA m’a conduit à commettre une erreur qui s’est révélée profitable .
Les difficultés pour réaliser le fuselage m’ont fait en réaliser deux .
Le premier lisse et rond avec très peu de facettes ;
Le second était identique à l’avion réel ( maquette ).
Le même mannequin servant aux deux fuselages

Je décidais alors de réaliser l’ensemble des pièces pour 2 avions afin de pouvoir tester différentes variantes .
Certaines solutions ne me convenaient pas , et je cumulais trop de recherches simultanées .
Je décidais donc au bout d’un certain temps de faire un « break » afin d’éclaircir mes idées ………………………, pour pouvoir me décider sur un choix définitif .

Je démarrais donc un autre projet mieux ciblé .
Quelques temps après un collègue me demanda ce que je faisait de mes pièces de WACO .
Je lui donnais un ensemble afin qu’il s’amuse à poursuivre l’aventure .
J’ai toujours en stock les pièces d’un de ces avions .
J’y ai testé des hypothèses qui n’ont pas débouchées .
Mon ami Joseph par contre n’as pas ajouté d’exigences nouvelles .Comme il avait appris à voler sur le Grand YAKA ,il s’est contenté de monter et finir l’avion
Voilà le paradoxe d’une étude que je n’ai pas finie et qui a pourtant un résultat
Une fantastique réussite , le mannequin à clé permet de récupérer les pièces terminées .
La pression exercée par les bouteilles lors de la rétraction est tel que les baguettes de soudures en acier vont incruster leur forme sur le bois . Plusieurs essais furent nécessaires pour trouver la manière de réaliser cet outil, et surtout la façon de l’utiliser .Les premières tentatives se solderont par des découpes des formes au cutter devant l’impossibilité de sortir quoi que ce soit .
Les choses s’amélioreront avec le ponçage fin et l’enduction de paraffine sur les parties coulissantes .Le savon de Marseille très sec sera encore plus bénéfique .

Il est très important de repérer les éléments du mannequin et leur juxtaposition exacte pour avoir une reproductibilité parfaite .
N’oubliez pas non plus de tracer les pièces en polyéthylène avant le démontage ,la transparence est un élément fortement perturbateur .Les fuselages étant monocoque il convient de s’assurer de pouvoir remonter les éléments dans l’axe et la position exacte dans lesquels il ont été produits .Cette précaution évitera que les ailes et la dérive perdent les angles d’interaction qui conviennent .
Des petits mannequins complémentaires de section aux endroits des jonctions pourront après dépouillage ajouter aux pièces obtenues des compléments de rigidités ou des fonctions spécifiques (tenues de gaines ou d’accessoires éventuellement .
Sur ce cliché on peut voir le boisseau interne qui maintient les ailes et le train Le support moteur ,réalisé sur un mannequin spécifique ,est produit en utilisant un fond de bouteille de faible épaisseur .
Sur cet appareil ,de première génération le moteur et le support sont assemblés mécaniquement avec des vis acier .Ce ne sera plus le cas plus tard
.Le moteur ,construit sur une base de CDROM a une traction réelle de 275 grammes avec une hélice GWS de 10X4,7 .
Par rapport à l’avion réel cela induit vraisemblablement une confortable sur motorisation .
Pesée des éléments complets du fuselage de WACO L’ensemble pèse 47 grammes .

On distingue par transparence une innovation importante de cette avion : le boisseau interne qui va supporter toutes les contraintes de supports d'aile et de train .
Cette façon de procéder en plus des apports mécaniques permet d’obtenir une approche maquette bien supérieur .Une particularité qui sera révélée par les études complémentaires c’est qu’il ne faut pas coller cette pièce au fuselage .Les formes sont tellement complémentaire (elles ont été thermoformées l’une sur l’autre ) ,que le maintien est suffisant, cela reste DEMONTABLE ,ET SURTOUT produit un effet de différé dans l’ absorbtion d’énergie en cas de crash .
Le capotage extérieur laisse ici entrevoir les bossages des caches culbuteurs réalisés en une seule fois sur un petit mannequin complémentaire .Il me paraît difficile de faire plus solide et , plus léger .
Enorme cerise sur le gâteau , à part un peu de votre temps ,cette pièce est gratuite et remplaçable aisément .

Le paradoxe de cet avion ,qui a servi de fil rouge à mes recherches ,c’est que les pièces sont toutes réalisées ,et ,conforme à mes demandes .Certaines parties me paraissent complètement obsolètes ,bien que parfaitement utilisables .
La rançon de cet avion qui m’a poussé à construire les autres ,c’est que lui , je ne l’ai pas fini .
Des essais de réalisation de fuselage montrent que beaucoup de variantes peuvent être produites .
La transparence ne permet pas de le remarquer ici , mais le premier fuselage a une queue qui possède 6 facettes (les plis de la toile sur les lisses ) ,alors que l’autre en a autant que l’avion réel .
Nous avons ici des essais pour intégrer les appuis tètes directement dans le corps du fuselage .C’est très possible si on étudie bien la façon de chauffer la bouteille au début du procédé de rétraction .
Cela fait partie de l’évolution du savoir faire .
Le fuselage de droite a reçu un petit additif sous forme d’une verrière .Elle a été réalisée avec un petit mannequin additionnel simple et très rapide à réaliser .En changeant un peu l’échelle il va devenir le fuselage d’un MIG 3 Dont nous reparlerons plus tard .
La pièce jaune visible est un raidisseur qui supporte les servos le récepteur et le variateur .Sa conception est étudiée pour atténuer l’énergie rendue au matériel radio en cas de crash .



Petite présentation intermédiaire pour se rendre compte de l’aspect probable de l‘avion Les ailes supérieures sont ici simplement posées sur un tronçon de bouteille


Et pourtant J’ai piloté cet avion


Il n’a pas reçu de finition peinture ,mais il a une certaine présence .Sur l’hypothèse d’un bon fonctionnement , j’avais laissé voir à Joseph mon scepticisme …..ce en quoi j’avais tort .

Cet appareil aurait pu être optimisé ,mais je doit reconnaître que sa présence en vol nous a séduit .
De fait , IL continue son chemin de cette manière et surprend par son dépouillement extrême .
Pourquoi faire compliqué ,Voici une preuve volante de recyclage
L’ossature est resté dans sa plus simple expression .
Seul le capot a été peint ,encore faut il savoir que c’était pour l’essai de faisabilité des pièces additives nécessaires à la réalisation des bossages de capot moteur .(Tant que la pièce est transparente ,on ne voit pas l’effet rendu .)
C’est le cas d’utilisation minimum de matériel pour faire un avion , et pourtant c’est un biplan .
EN tant que tel il reste pour moi une référence ,Mes estimations n’étaient pas si mauvaises , et si j’avais évité la surenchère dans mes désirs j’aurais pu avoir mon WACO de suite
Bien dans ses lignes de vol ,voici une bouteille de poésie dans un monde de brutes .

Le prototype que j’ai gardé a servi à réaliser des test de revêtements pour améliorer l’état de surface de l’EPP .L’aspect cellules de ce matériau ne fait vraiment pas « maquette » .Ces tentatives ne m’ont pas données satisfaction , mais ce n’est que partie remise .
J’ai aussi testé avec plus de réussite le positionnement d’un servo ,noyé au centre de l’aile . les câbles de commande des ailerons passant dans des gaines coudées jusqu’au sorties de l’extrados et de l’intrados peuvent attaquer directement les guignols de commande des ailerons .
Pour bien fonctionner il faut respecter certaines règles simples .
En revanche , la résistance aux aléas de pilotage est prodigieuse , Quand les choses sont bien montées pas de déréglage , même dans les pires crashs .
Nous reviendrons plus tard sur l’ensemble de ces points de « DETAILS » qui font toute la différence avec les modèles traditionnels que j’avais utilisés avant ces recherches sur la technique de construction en bouteilles .
Les atterrissages sans piste sont beaucoup moins spectaculaires .
CONCLUSIONS
La faisabilité concernant un mannequin plus élaboré est démontrée , Même si elle nécessite un certain apprentissage pour « prendre le tour de main ».
Les mannequin à clé sont efficaces , il convient de bien soigner les états de surface et surtout d’enduire toutes les pièces de savon sec .
Le dépouillage d’un fuselage ayant des zones bloquantes demande d’avoir bien anticiper l’ordre des actions à réaliser . .C’est un moment d’intense réflexions ,IL EST IMPERATIF DE RESPECTER L’ORDRE DE SORTIE DES PIECES .
Les formes en lisses et en facettes , sont aisément réalisables , elles demandent seulement une bonne préparation au positionnement des baguettes METALLIQUES .
Les essais d’intégration des Karman d’aile directement dans la peau du fuselage sont perturbateurs ,ils génèrent des difficultés de dépouillage ;à réserver aux petites courbures .
L’inclusion des caches culbuteurs intégrés dans la « peau » du capot moteur est une grande réussite ,les possibilités sont immenses ..
L’intégration de correcteur d’assiette dans le stabilisateur m’a beaucoup fait chercher que ce soit pour la réalisation , la fiabilité du système ou le réglage lors des essais en vols .C’est une trouvaille que je vais beaucoup utiliser ,car sont efficacité est remarquable . c’est un point sur lequel nous reviendrons .
La faisabilité concernant un moteur monté en cage inverse est démontrée .Le rendu est incontestablement plus réaliste , mais c’est à réserver à des avions qui ont une justification de présentation .Le temps de fabrication est multiplié par 3 .
Mon premier essai de biplan a quand même fonctionné , le réglage de l’interaction des incidences des différentes ailes me posait des craintes .
En fait Le WACO s’est montré très coopératif ( Un peu de chance quand même) ..
L’Essais de réalisation de pantalons de train m’a laissé un peu sur mon attente , ça marche , mais la technique est à affiner .

CONCLUSION
Je dois reconnaître que la fée de la divine bouteille m’a gâté au delà de mes espérances avec le genre de paradoxe dont elle a le secret :
J’ai échoué et J’ai réussi mon Challenge .

Je pense que dans quelque temps ,quand je referais voler WACO je trouverais sa technologie bien rudimentaire.
Si les pratiques continuent à évoluer aussi vite je me demanderais même pourquoi j’ai pu être aussi comptant de cet appareil .
La sagesse est de regarder et d’apprécier ,
quand on part de rien ,
le peu qu’on a c’est déjà une réussite .